Comment racheter vos trimestres de stage en toute simplicité ?

Comment racheter vos trimestres de stage en toute simplicité ?

Aujourd’hui, pour faire ses preuves dans le monde du travail, il faut être passé par l’étape stage et l’avoir réussi. Pour certains, il s’agit que de quelques semaines, pour d’autres de quelques mois. L’accord est simple : en échange de notre temps gratuit ou parfois rémunéré (indemnisé), l’entreprise qui nous accueille nous forme à notre futur métier. Évidemment, il y a des dérives. Certaines entreprises abusent en prenant des armées de stagiaires pour faire les tâches ingrates et éviter de payer quelqu’un au moins au salaire minimum (SMIC).

Je dis « nous », parce que je fais partie de cette génération « stagiaire longue durée ». En cumulant tous mes stages depuis mes 18 ans, je me rends compte que j’ai passée deux années et demies à être stagiaire au sein de différentes entreprises. Ok, j’ai appris et j’ai été plus ou moins bien encadrée. Là n’est pas le sujet. Ici on parle retraite. Alors, concrètement, que m’ont apporté ces années au niveau retraite ?

 

1. Les stages peuvent compter dans votre retraite

 

La première chose à savoir est qu’il est possible de racheter des trimestres de stages seulement si vous n’avez pas cotisé pour la retraite (assurance vieillesse) pendant la durée de votre stage. Seuls les stagiaires ayant touchés la gratification minimale peuvent racheter leur trimestre de stage. L’idée est qu’on ne peut pas cotiser deux fois sur une même période.

Pour la petite histoire, la gratification ne peut pas être inférieure à 15% du plafond horaire de la Sécurité Sociale (25 €), soit à 3,75 € en 2018. Ce qui nous donne un montant 577,50 €, pour un temps plein en 2018.

Par contre, certains ont touché une gratification supérieure au minimum et ont donc cotisé pour leur retraite. Aussitôt que vous dépassez ce minimum, vous et votre employeur commencez à verser des cotisations sociales sur chaque euro gagnés au-dessus de ce minimum. Afin de savoir combien de trimestres vous avez cumulés, prenez toutes les sommes au-dessus de la gratification minimale de l’année de votre stage. Additionnez-les et regardez ensuite si le résultat est au-dessus des paliers de revenus pour chaque trimestre de retraite (en fonction de votre année de stage).

Salaire total des X mois de stage

Gratification minimale totale des X mois de stage
=
X €*

*Sur une année dans le cadre de votre stage (au sein de la même entreprise)

Si X € >au 1erpalier = 1 trimestres
1 482€ en 2018

Si X € > au 2ème palier = 2 trimestres
2 964 € en 2018

Si X € > au 3ème palier = 3 trimestres
4 446 € en 2018

Si X € > au 4ème palier = 4 trimestres
5 928 € en 2018

 

Plus d’information sur les trimestres ici.

L’exemple de Lara, stagiaire de 4 mois

Lara a gagné 800 € par mois pendant 4 mois de stage en 2017. Elle a accumulé 3 200 € de gratification de stage (800 € x 4 mois) qu’elle doit ensuite soustraire au total de la gratification minimale de son année (392 € x 4 mois) = 1 568 €

 

3 200€

1 568€
=
1 632 €

 

En 2017, pour avoir un trimestre, il faut avoir gagné 1 464 €de salaire (soumis à cotisations). Or Lara a cotisé sur 1 568 €. Cette somme étant supérieure au premier palier du montant d’un trimestre de retraite, alors Lara a validé un trimestre (régulier) de retraite en 4 mois de stage.

Afin d’éviter de rechercher la valeur d’un trimestre, ou la gratification minimale de l’année de votre stage, et de vous lancer dans un calcul, regardez immédiatement votre relevé de carrière dans votre espace personnel (ici). Si vous ne l’avez pas encore crée, suivez les explications suivantes (ici) pour vous créer un compte en moins de 2 minutes. Si tous vos trimestres de stage figurent sur votre relevé de carrière, vous pouvez dès à présent arrêter de lire cet article. Félicitations vous avez cotisé pour votre retraite et n’êtes donc pas candidat au rachat de stage.

 

Gratification minimum
=
Candidat au rachat de trimestre de stage

Gratification de stage > gratification minimum
=
 Non candidat au rachat de trimestre de stage

 

Pour le reste, à savoir tout ceux qui n’ont perçu que la gratification minimum, restez avec moi, que je vous parle des conditions à respecter pour racheter des trimestres de stage.

 

2. Quelles sont les conditions pour racheter un trimestre de stage ?

 

Sachez que pour être candidat au rachat de stage, il faut entrer dans trois conditions qui comportent toutes le chiffre 2. Je l’ai appelé la règle des trois 2. À croire qu’ils l’ont fait exprès pour qu’on s’en souvienne !

 

Délais de 2 ans

Vous avez jusqu’à deux ans après la fin de votre stage pour déposer une demande de rachat de vos trimestres. Attention, deux ans ça passe vite !

 

Stage de 2 mois

Le stage doit être conventionné et rémunéré (gratifié), c’est-à-dire que vous devez avoir signé une convention de sage (entre votre employeur, votre école ou université, et vous même). Il doit donc être réalisé dans le cadre de vos études. Enfin, le plus important, votre stage doit être d’une durée d’au moins 2 mois (afin de déclencher l’obligation de rémunération), en continu ou non, et dans le même organisme. Chaque stage de 2 mois donne droit au rachat d’un trimestre.

 

2 trimestres maximum

Il y a une limite à ce rachat. Vous ne pouvez uniquement racheter que 2 trimestres de stage. Nous en parlerons plus tard, mais sachez que vous avez le droit uniquement d’acheter 4 trimestres d’études à prix réduit (ce qui fera l’objet d’un autre article). Les 2 trimestres de stages vont donc s’intégrer à ce quota-là de 4 trimestres d’études. Si vous décidez par exemple de racheter 2 trimestres de stage, vous ne pourrez racheter que 2 trimestres d’études. Votre quota trimestre étude/stage sera alors plein.

 

La règles des trois 2

Si vous remplissez les trois conditions de la règle des trois 2, alors vous pouvez prétendre au rachat de 2 trimestres maximum de stage. Pour cela, transmettez une demande auprès d’une des caisses de retraite (voir le tableau ici pour déterminer laquelle) dans les 2 ans après la fin de votre stage. Afin de procéder au rachat, il vous faudra verser une cotisation qui s’élève à 12 % du plafond mensuel de la sécurité sociale de l’année de votre stage. Si vous le faites en 2018, il sera de 397 €. Pour les autres années (à partir de l’entrée en vigueur du décret le 15 mars 2015), regardez ce tableau.

3. Quelle démarche ?

 

La démarche est plutôt simple et ne demande que très peu de paperasse. Pour une fois, profitez-en !

 

Le formulaire

Vous vous en doutiez, il faut remplir un formulaire. Voici le fameux document (ici). Téléchargez-le et complétez-le. Rassurez-vous, c’est très rapide. Il y a 3 pages, qui résument tout ce que je viens de vous expliquer et seulement deux pages à remplir concernant vos données personnelles. D’après moi, en 20 minutes, vous en aurez fini avec ça : 3 minutes pour relire les 3 première pages, 7 minutes pour compléter les 2 dernières pages et 10 minutes pour retrouver vos pièces justificatives.

 

Les pièces justificatives

Évidemment, vous devez prouver que c’est bien vous qui avez fait vos stages. Voici les trois pièces justificatives à fournir (elles sont aussi expliquées dans le formulaire PDF)

  • Pièce d’identité : passeport, carte d’identité ou titre de séjour, ou autre document d’identité
  • La ou les conventions de stage relatives à la demande
  • Bulletin de salaire, ou autre justificatif d’activité

 

L’envoi

Ensuite, mettez tout ça dans une enveloppe et envoyez-là à votre caisse de retraite. Pour savoir laquelle est la vôtre, consultez le tableau ici. Mais avant de la mettre de l’enveloppe, je vous conseille de tout scanner, histoire de garder une trace de votre demande.

 

Le délai

Le délai de traitement n’est pas clairement annoncé sur les sites administratifs. Après un appel à l’assurance retraite, la personne au bout du fil (Édith) m’annonce qu’il y a un délai jusqu’à 6 mois pour que la demande soit traitée. Ça c’est ce que j’appelle un beau délai ! Mais pas de panique, sachez que c’est la date d’envoi qui fait foi (évitez quand même de vous y prendre à la dernière minute par rapport à vos deux ans). Ensuite vous recevrez un devis avec plusieurs propositions de mode de paiement. Au-delà d’un trimestre, vous pourrez payer en plusieurs fois (conditions indiquées dans le devis). À vous de leur répondre en faisant votre choix.

 

Mon cas

Pour ma part, je ne rentre pas dans les conditions. J’ai bel et bien eu la gratification minimale, donc je n’ai pas cotisé à ma retraite. Je pourrais racheter mes trimestres de stages. Mais comme j’ai terminé mon dernier stage en 2013, cela fait bien plus de 2 ans que le délai est passé. Donc impossible pour moi de faire une demande !

 

4. Est-ce que ça vaut le coup

 

On vient de voir que la démarche a l’air plutôt simple, mais est-ce que ça vaut le coup de racheter ses trimestres ?

 

Valeur du trimestre de stage validé

Contrairement aux trimestres cotisés sur le moment, les trimestres de stage permettent d’enrichir votre cagnotte trimestres sans entrer dans votre cagnotte salaires. Donc si on utilise les termes de la retraite, le rachat de trimestres de stage permet de réduire votre décote (durée de trimestres à travailler) mais n’améliore pas votre coefficient de proratisation (autrement dit la pension que vous allez toucher).

 

Le trimestre le moins cher à racheter

Contrairement aux autres rachats possibles, les stages sont ceux qui coutent le moins cher. Pour en avoir le cœur net, vous pouvez faire une simulation dans votre espace personnel. Choisissez d’autres options de rachat et faites-vous votre propre idée. Un des autres avantages financiers de ce rachat est que le montant est déductible de vos revenus imposables.

 

Vous allez récupérer votre investissement

Sachez que si vous achetez un trimestre maintenant, c’est pour bénéficier de votre retraite plus tard. Il s’agit donc d’un investissement sur lequel vous allez récupérer par la suite des sous.

 

Un pari sur l’avenir

Si vous avez bien suivi, cela veut dire que ce rachat ne va avoir de l’effet que sur une seule des cagnottes (celle des trimestres). Pour savoir si ça vaut le coup, il va falloir vous projeter dans l’avenir. Où en serez-vous dans 40 – 43 ans ?

Pour vous aider dans votre choix d’achat, voici les questions que vous devez vous poser :

  • À quel âge avez-vous commencé (ou pensez-vous commencer) à travailler ?
  • Combien de trimestres avez-vous déjà ?

 

Âge de début de travail temps plein
+
43 ans (nombre d’année avant la retraite à taux plein)
=
X années

 

ET

 

Variable trimestres

Nombre de trimestres déjà accumulés (sans le stage)

Nombre de trimestre restants à travailler : 172
=
X trimestres restant à travailler
 ÷
4
=
X années à travailler

 

Ensuite additionnez le résultat des 2 variables.

 

Âge actuel
+
Nombre d’années actualisées restantes à travailler
=
X âge

 

Prenez ensuite cette donnée et analysez-la. Garder en tête deux éléments :

  • Le rachat vaut le coup uniquement au niveau de la durée
  • Le rachat vaut le coup uniquement si votre âge est en dessous de 67 ans. Soit l’âge auquel vous serez automatiquement à la retraite à taux plein, si d’ici 40 ans rien ne bouge au niveau des conditions.

 

Exemple de Jeanne

23 ans
+
43
=
66 ans

 

ET

 

4 trimestres accumulés avant le stage par le travail salarié de vacances.

172 trimestres à travailler
=
168 trimestres après avoir ôté les 4 trimestres déjà travaillé avant 23 ans.

 

Ensuite

 

168
÷
4
=
42 années à travailler

 

Donc

 

23 ans
+
42
=
65 ans

 

Avec le rachat des 2 trimestres, Jeanne gagnerait encore 6 mois de retraite à taux plein. Elle pourrait donc partir à 64 ans. De plus, ce qu’elle va toucher pendant ces 6 mois de retraite sera un montant supérieur à la dépense faite lors du rachat de trimestres de stage. Sachez que ce type de rachat correspond au taux le plus bas possible (comparé aux autres rachats). Plus on rachète un trimestre jeune et plus le prix du trimestre est bas.

Donc Jeanne devrait procéder au rachat de trimestres et ainsi gagner 6 mois de retraite à taux plein.

Exemple de Marie

25 ans
+
43
=
68 ans*
*Sachant que l’âge de la retraite à taux plein est de 67 ans

 

ET

 

2 trimestres accumulés

172 trimestres à travailler
=

 

Ensuite

 

170
÷
4
=
42,5 années à travailler

 

Donc

 

25 ans
+
42,5
=
67,5 ans

 

Si on ne prend que ce calcul, dans ce cas-là cela ne vaudrait pas le coup pour Marie. Si l’âge du départ à la retraite taux plein reste le même que celui d’aujourd’hui, Marie serait de toute façon à la retraite à 67 ans. Par contre, la retraite est un concept global qui prend en compte toutes les étapes de la vie. Si Marie décide finalement de racheter d’autres trimestres (possible d’en racheter jusqu’à 12) ou d’avoir des enfants (8 trimestres de bonus maximum par enfant dans le privé) alors cela pourrait valoir le coup. Ce que je lui conseillerais serait de faire une simulation de rachat sur son espace personnel et d’estimer le nombre d’enfants qu’elle voudrait au maximum et au minimum. Ensuite, à elle de prendre sa décision en fonction de ces pronostics et projets de vie.

 

Vous n’êtes pas Madame Irma

Bien sûr, vous ne pouvez ni prédire les futures lois sur la retraite, ni vos changements de carrière, périodes de chômage, mariage, nombre d’enfants ou tout autre variables qui pourraient avoir un impact sur votre vie. C’est pour cela que pour moi le rachat de trimestres de stage reste un pari « maitrisé » sur l’avenir. Vous avez les informations en main pour faire vos pronostics les plus réalistes possibles. Ne soyez pas trop pessimiste d’ailleurs, parce que rappelez-vous que 4 trimestres réguliers peuvent se valider en moins de 2 mois ou de 600 heures payées au SMIC. Dites-vous que si vous rachetez 2 trimestres aujourd’hui, et qu’ils ne vous serviront finalement à rien dans 40 ans, alors vous n’aurez perdu qu’une toute petite somme (moins de 1 000 euros). Voyez cet achat comme une épargne, mais moyennement risquée comme un achat d’action.

Que pensera votre VOUS dans 40 ans ?

C’est vrai qu’il est difficile de se projeter et de se demander s’il vaut mieux investir dans son avenir sans avoir de certitude. Mais quand on y pense, la majeure partie de nos décisions sont basées sur des incertitudes. Je programme un resto dans 3 jours ? J’achète cet ordinateur ? Je pars en voyage dans 4 mois ? J’achète cette voiture ? Cet appart’ ? Je lui fais confiance ? Les incertitudes sont plus ou moins fortes, mais elles sont présentes de toute façon dans chacune de nos décisions.

Je pense que ce qui nous dérange le plus c’est d’investir de l’argent pour un truc comme la retraite. S’il s’agissait de dépenser maintenant pour partir en voyage plus tard, bien sûr qu’on le ferait ! Mais c’est sûr que la retraite c’est moins classe qu’un beau voyage, qu’une belle voiture, ou qu’un appart’. Alors, posez-vous la question suivante : que me dirait mon moi dans 40 ans ?

Parce que c’est toujours difficile de se projeter, voici des petites recherches qui pourraient vous intéresser :

  • 13,1 % des jeunes de 18-20 ans travaillent (hors cumul avec les études) = départ entre 62 et 64 ans
  • 43,3 % des jeunes de 21 à 24 ans travaillent (hors cumul avec les études) = départ entre 64 et 67 ans
  • 71,1 % des jeunes de 25 à 29 ans travaillent (hors cumul avec les études) = départ entre 68 et 72 ans
  • A 25 ans, encore 11,3 % des jeunes sont en études supérieures = départ à 68 ans minimum
  • A 29 ans, encore 2,9 % des jeunes poursuivent leurs études supérieures.

Insee, France, portrait social 2017.

 

” 51 % des nouveaux retraités mentionnent que la durée requise pour avoir le taux plein est la règle qui contraint le plus de départ à la retraite…”

” 72 % des nouveaux retraités déclarent en 2017 être partis à la retraite dès que possible…Le fait de vouloir profiter le plus longtemps possible de la retraite, d’avoir atteint l’âge minimal des droits ou d’avoir atteint l’âge du taux plein ont beaucoup joué dans cette décision tandis que les motifs financiers ou ceux liés à l’état de santé ou aux conditions de travail sont moins souvent cités.”

Conseil d’orientation des retraites, dossier en bref.

 

 ” J’ai avec beaucoup de chance et sans le savoir cotisé à mes stages et validé quelques trimestres avant mes 20 ans car j’étais stagiaire au smic et mon employeur a cotisé sans me le dire. Grâce à mon maître de stage de l’époque je vais pouvoir partir à la retraite à 62 ans au lieu de 63 ans. Si je n’avais pas cotisé, je n’aurais sans doute pas racheté mes trimestres (si la loi avait existé), parce qu’à l’époque j’avais d’autres dépenses que je jugeais plus importantes. On se croit invincible et capable de tout à 20 ans, mais à 58 ans on se rend compte que les années qu’ils nous restent à travailler sont encore bien trop longues, même si on aime son travail. Mon conseil de vieux aux jeunes : si vous rentrez dans les conditions achetez ces trimestres de stages ! 400 € dépensés aujourd’hui, vont vous permettre d’éviter de travailler 450 heures, plus tard. Et ça c’est la bonne affaire !”

          Pascal, 58 ans, co-auteur de ce blog

 

5. Bilan

 

Pour moi il est trop tard, mais si j’avais eu la possibilité de le faire, je l’aurais fait !

  • Et vous, combien de trimestres de stage pouvez-vous racheter ?
  • De quand date votre dernier stage de 2 mois minimum ?
  • Avez-vous fait le calcul ? Et est-ce que ça vaut le coup pour vous ?

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//// Crédit photo: Unsplash -Tim Gouw

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